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Ce qui sert à ordonner la multiplicité chaotique du monde des phénomènes, c’est en tout premier lieu le nombre. Il est l’instrument qui nous est donné pour établir un ordre ou pour saisir une régularité préexistante mais encore inconnue, c’est à dire une structure ordonnée du réel. Il est sans doute l’élément ordonnateur primordial de l’esprit humain  » (Jung, La synchronicité, principe de relations acausales).

Le tarot et les nombres

Les arcanes majeurs du tarot sont numérotés de 1 à 21 sauf la carte du Mat qui n’a pas de numéro. Les arcanes contenant un nombre important de symboles, on peut supposer que la numérotation des arcanes soit symbolique tout autant que leur contenu. En numérologie, chaque nombre a un symbolisme propre. Dans cet article, on s’intéresse beaucoup plus à l’évolution des nombres de 1 à 21, qu’à la signification de chaque nombre.

Pourquoi le Bateleur (numéro 1) est il suivi de La Papesse (numéro 2) et ainsi de suite ?. Y a t il un lien entre un arcane et les arcanes adjacents ? Y a t il une cohérence globale dans l’arrangement des arcanes ?

Examinons en premier lieu ce que représente le nombre. Les nombres sont apparus il y a très longtemps et répondaient à une nécessité de comparer et dénombrer des ensembles. A titre d’exemple, dénombrer des moutons pouvait s’effectuer à l’aide de cailloux ou mieux, à l’aide des doigts des mains. Le système décimal est issu du comptage sur les doigts. Au delà du comptage, les nombres sont utilisés pour marquer et ordonner des étapes dans un processus évolutif : en premier, on fait ceci, en second on fait cela,… De plus, on peut dire que cette progression 1, 2, 3,… va vers ce qui est plus grand, plus évolué. En utilisant ce principe, on peut dire que si un personnage d’une carte regarde vers la droite, il se tourne vers l’avenir. Au contraire, s’il regarde vers la gauche, il s’intéresse à son passé.

Modèles d’évolution psychologique

Si l’on s’intéresse au symbolisme du tarot avec une connotation psychologique, on ne peut que se poser cette question : l’évolution des nombres de 1 à 21 des arcanes majeurs dénote t elle de l’évolution d’un chemin de vie, d’une évolution spirituelle vers quelque chose de plus en plus grand avec en 21 (Le Monde) ce qu’il y a de mieux ?

Dans un premier temps, intéressons nous à une des branches de la psychologie qui traite du ‘développement psychologique’. Il s’agit d’une discipline scientifique qui analyse les changements au cours de la vie et les processus de transformation dans le fonctionnement psychologique (fonctions cognitives, affectives et sociales) . Tous les modèles issus de ces études ont un point commun : notre évolution psychologique n’est pas un continuum de bout en bout de notre vie, mais une série d’étapes. L’évolution s’effectuerait par paliers relativement stables, avec entre chaque palier des transitions relativement rapides et parfois génératrices d’instabilité. 

Par exemple, selon les concepts développés par Jung, l’individuation se réalise en progressant, en régressant, et en progressant à nouveau, par paliers successifs. On retrouve également cette notion de mouvements oscillatoires et de paliers dans le concept de la spirale dynamique : nous évoluons de façon non linéaire par paliers avec une alternance des niveaux d’existence entre le JE (centré sur soi) et le NOUS (centré vers le collectif). Jung évoque également ces mouvements entre le JE et le NOUS.

Selon ces modèles, un palier est un état stable qui nous satisfait pour un temps. Pour des raisons existentielles parfois inconscientes, nous sommes amenés à ne plus nous satisfaire de cet état stable : on a fait le tour de la question. Nous plongeons alors dans un état transitoire parfois chargé émotionnellement pour aller vers un nouvel état stable, une nouvelle étape de notre évolution. Pendant la transition, on peut avoir cette sensation de régression : on fait deux pas en arrière pour en faire trois en avant. Notre personnalité se construit en intégrant successivement les étapes. Notons qu’un changement de cycle s’effectue avec intégration du cycle précédent. Chaque cycle correspond à un besoin, à une nécessité. Lorsque ce besoin est comblé, nous passons à une autre étape tout en bénéficiant des apports de l’étape précédente.

Examinons dans un premier temps l’évolution des arcanes de 0 à 10. Le Mat, carte sans nombre est ici associé au nombre 0. Un second article sera consacré à l’évolution de 11 à 21.

L’Empereur (4) et la Justice (8), symboles de réalisation et d’équilibre, révèlent deux cycles.

Le chiffre 4 en numérologie se réfère à tout ce qui est de l’ordre de la construction, de l’aspect concret, pragmatique, de la stabilité. Le chiffre 8 est aussi un symbole d’équilibre, de réalisation. Le 8 serait une double manifestation de la structure du 4 (2 * 4). Il exprime, au delà de l’équilibre, la complétude. En première approche, les 10 premières cartes du tarot comporteraient ainsi 2 états stables, donc deux cycles.

Un personnage jeune en début du cycle et un personnage âgé en fin du cycle.

Les 10 premières cartes du tarot représentent des personnages d’âge différent. En particulier, on peut noter la jeunesse du Bateleur et de l’Amoureux et l’âge avancé du Pape et de l’Hermite. On peut imaginer que la jeunesse des personnages serait un moyen de marquer le début de cycle (l’apprenti, le débutant, l’inexpérimenté dans un domaine) . Le personnage âgé symboliserait l’expérience acquise, la fin de quelque chose.

Les deux cycles se précisent :

  • un premier cycle du Bateleur au Pape. L’Empereur symbolise l’accomplissement du cycle.
  • le second cycle de l’Amoureux à l’Hermite. La Justice symbolise l’accomplissement du cycle.

Il est surprenant de voir la rupture brutale entre le Pape et l’Amoureux, c’est à dire entre la fin du premier cycle et le début du deuxième cycle :

  • Le Pape est âgé. Il a atteint le summum de pouvoir. Lorsque les cartes du tarot ont été créées pendant le moyen âge, le Pape avait une autorité majeure dans le monde. Le Pape est chargé d’apparats, symboles de pouvoir (couronne; sceptre, trône). Il domine les deux personnages à ses pieds.
  • L’Amoureux est jeune. Tous les apparats du Pape ont disparu. Le personnage central porte des vêtements très simples. On est loin de l’autorité, du charisme du Pape. Par son attitude vis à vis deux des femmes, l’Amoureux semble désemparé face au choix qu’il doit faire. Il ne domine pas les deux personnages.

Le premier cycle et ses symboles de pouvoir

Afin de définir les particularités des deux cycles, on peut noter que plusieurs cartes du premier cycle (du Bateleur au Pape) comportent des symboles communs. La Papesse, L’impératrice, l’Empereur et le Pape possèdent des symboles de pouvoir : couronne, sceptre, trône. Le pouvoir dont il est question ici est évidemment le pouvoir personnel. Ce sont nos capacités, nos ressources exploitées pour nous faire évoluer. Le Bateleur représente nos capacités innées, la Papesse les ressources acquises, l’Impératrice nos capacités de réfléchir et de créer, l’Empereur de réaliser et d’accomplir son projet, le Pape de communiquer son expérience. Si le tarot nous parle de notre vie, ce premier cycle pourrait en être une première étape jusqu’à atteindre une stabilité, une assurance matérielle, la maitrise de son pouvoir personnel.

Le Pape montre une amorce de changement. En effet, l’Empereur regarde vers la gauche, vers le passé, comme s’il se satisfaisait de ce qu’il a réalisé, alors que le Pape regarde vers la droite, vers l’avenir. On peut imaginer que l’Empereur, ayant atteint la stabilité matérielle, souhaite transmettre son expérience, ce que fait le Pape. C »est un premier pas vers un changement, vers le second cycle.

Un second cycle basé sur le coeur, la passion, la motivation, l’élan.

Nous l’avons vu précédemment, la rupture entre les cycles s’effectue entre Le Pape et L’Amoureux. Le Pape a amorcé un changement. Fort de son expérience, il se tourne vers les autres, En effet, les cartes précédentes du premier cycle ne comportent qu’un seul personnage. le Pape domine deux autres personnages qui pourraient être ses élèves. La carte de l’Amoureux est dans la continuité de l’évolution du Pape. Comme pour la carte du Pape, il y a trois personnages, mais avec un changement important : tous les personnages sont au même niveau. L’Amoureux n’est plus un personnage dominant. Par son attitude d’hésitation entre les deux autres personnages, il est dans le doute. Il doit faire des choix. Pour cela, il est guidé par l’ange Cupidon qui pointe sa flèche vers le coeur. L’Amoureux va faire un choix guidé par le coeur. L’amoureux est animé par la passion. On peut très bien imaginer qu’en milieu de vie, après avoir fait le tour d’une expérience professionnelle, le nouveau besoin qui émerge se porte vers de nouvelles activités qui correspondent plus à nos aspirations : un changement de métier, un intérêt pour des activités artistiques, une orientation vers le domaine social,… Le choix étant fait, l’Amoureux met en oeuvre son nouveau projet, le mouvement étant représenté par le Chariot. Le Chariot montre bien l’élan, la motivation que l’on met en oeuvre lorsqu’il s’agit d’un projet guidé par le coeur.

Le retrait en fin de cycle nécessaire pour préparer la prochaine étape

Le Pape marque la fin du premier cycle et l’Hermite la fin du second cycle. Pour bien analyser ce qu’est une fin de cycle, on peut faire un rapprochement avec la Gestalt.

  • Le Pape clôture le premier cycle en utilisant toute l’expérience acquise durant le cycle. En quelque sorte, il se retire du point culminant du cycle (l’Empereur) pour se préparer à passer à une autre étape.
  • L’Hermite clôture le second cycle dans une position d’observation de son passé. Il se tourne vers la gauche, vers le passé, en l’éclairant avec sa lanterne. Il semble très concentré dans cette attitude, en pleine ‘digestion’ de ce qu’il a vécu.

En examinant les deux lames, on s’aperçoit de similitudes étonnantes :

  • Les deux personnages sont âgés. On suggère que ces deux cartes représentent des fins de cycle.
  • Les cheveux, la barbe et la moustache sont de couleur bleue clair. Seule la main droite est gantée. Le gant est de couleur bleue clair. Le bleu clair symbolise la connexion au ciel, la spiritualité.
  • Leur cape est remontée jusqu’à la main droite, formant ainsi un voile ouvert.

Notons également les différences entre ces deux cartes mettant en évidence la différence des cycles. Le pape porte une tiare et tient une férule papale, tous deux symboles de pouvoir. Quant à l’Hermite, il est tête nue et tient un simple bâton. Ces différences marquent un premier cycle basé sur le pouvoir personnel alors que l’humilité marque le second cycle

Référence à la Gestalt

Créée par Fritz Perls, la Gestalt-thérapie est une psychothérapie du courant humaniste répandue. Elle permet d’avoir une vision globale de soi-même, de son évolution, pour mieux comprendre comment on fonctionne. La Gestalt, une des théories du développement, introduit également une notion de cycle comme d’autres théories du développement. Plus précisément, chaque cycle répond à un besoin qu’il faut satisfaire. En Gestalt, toute expérience est envisagée comme un cycle évolutif qui comprend un début, un point culminant et une fin.

Dans le schéma suivant on représente le début, le point culminant et la fin d’un cycle par un schéma en cloche. la notion de contact en Gestalt s’envisage comme un contact avec son environnement au sens large.

Les phases sont les suivantes :

  • le pré-contact : cette phase correspond à l’émergence du besoin
  • la mise en contact :   le besoin est identifié. L’organisme se mobilise pour aller vers l’environnement. L’environnement peut nous fournir des ressources utiles à la réalisation, phase ici dénommée ‘préparation‘ dans le schéma. Ce qui est appelé ‘action’ correspond à la mise en mouvement, à l’engagement d’un processus créatif pour la satisfaction du besoin.
  • le plein contact ou accomplissement :  le besoin est satisfait
  • le post contact ou retrait : l’expérience est assimilée et on se rend disponible pour un nouveau besoin. À tout besoin satisfait répond une phase de retrait, de désengagement, de digestion. Dans cette phase, nous sommes comblé et disponible pour l’émergence d’un nouveau processus

On propose dans le schéma suivant de représenter l’évolution des arcanes de 1 à 10 en deux cycles selon le modèle précédent :

Le premier cycle

Si le tarot nous parle de l’évolution de notre vie, le premier cycle pourrait en être une première étape jusqu’à atteindre une stabilité matérielle en milieu de vie : prendre de l’autonomie progressivement entre l’enfance et l’age adulte, avoir un métier, créer une famille, subvenir à ses besoins, être en sécurité primaire (manger, avoir un toit,…)

  • Émergence du besoin : Le Mat. Le Mat est la carte du potentiel, de ce qui est en germination. Le Mat va vers l’inconnu, libre, en toute innocence. Sa besace pleine et fermée représente ses capacités cachées. On peut faire un parallèle avec l’enfant qui vient de naître : il arrive au monde, innocent, il n’a pas conscience de ce qu’il va faire, ni de ses capacités qu’il va découvrir petit à petit. On pourrait dire que le besoin qui émerge du Mat, comme celui d’un enfant qui vient de naître, est simplement survivre.
  • Préparation : le Bateleur et la Papesse.
    • Avant de se lancer dans l’aventure, c’est à dire ici dans la vie, le Bateleur découvre ses capacités innées. Il déballe les outils de la besace que portait le Mat. A titre de comparaison, l’enfant découvre ses capacités : ses cinq sens, sa mobilité, …
    • Pour réaliser son projet, c’est à dire vivre, le Bateleur prend conscience qu’il n’a pas tout ce qu’il faut. la Papesse est là pour acquérir toutes les ressources complémentaires dans son environnement. Ceci est bien symbolisé par le livre qu’elle tient dans les mains. Dans des termes plus professionnels, afin d’avoir un métier, le Bateleur fait un bilan de compétences et la Papesse suit une formation.
  • Action : l’Impératrice. l’Impératrice, femme de tête, utilise ses capacités intellectuelles pour réfléchir, créer tout au long du projet.
  • accomplissement : l’Empereur. l’Empereur par sa posture de sérénité, le sceptre porté en avant, la main sur la ceinture, le regard vers la gauche (donc non tourné vers l’avenir) est en pleine réalisation du projet. Le numéro 4 de l’Arcane symbolise également la stabilité; l’équilibre, la maîtrise.
  • Retrait : le Pape. Alors que l’Empereur se tourne vers la gauche, le Pape regarde vers la droite, vers l’avenir. Dans ce mouvement de gauche à droite, Il commence à se détacher du besoin initial qui est maintenant assouvi. Cependant, il va utiliser toute l’expérience acquise pour la transmettre aux deux personnages à ses genoux. On peut penser à une personne ayant réussi dans un domaine professionnel

Le second cycle

Il est à noter que l’évolution dans le second cycle semble plus empreinte d’humanité que lors du premier cycle. L’hésitation de l’Amoureux, l’impétuosité du Chariot, l’équilibre imparfait de la Justice sont autant d’éléments montrant cette humanité. Tout en bénéficiant de la stabilité, de la sécurité acquises lors du premier cycle, le second cycle est consacré à faire ce qui est plus dans nos aspirations.

  • Emergence du besoin : L’Amoureux. L’Amoureux hésite, doute. Pour l’aider sans ses choix, la flèche de Cupidon pointe le coeur. L’Amoureux va faire un choix guidé par le coeur. Dans ce cycle, c’est avant tout le coeur qui guide, la passion.
  • Action : Le Chariot. Animé par la passion, le Chariot montre l’élan, la motivation. Parfois la passion peut nous amener à un parcours impétueux : les chevaux ne semblent pas aller dans la même direction, le personnage n’a pas de rênes.
  • Accomplissement : la Justice. La carte suivante, la Justice, matérialise le projet atteint, l’équilibre. Elle montre également que l’équilibre n’est pas parfait (l’épée et la balance penchent).
  • Retrait : l’Hermite. L’Hermite clôture le second cycle dans une position d’observation de son passé. Il se tourne vers la gauche, vers le passé, en l’éclairant avec sa lanterne. Il semble très concentré dans cette attitude, en pleine ‘digestion’ de ce qu’il a vécu.

L’histoire ne s’arrête pas là

Nous avons envisagé dans cet article une évolution de 1 à 10, marquée par deux cycles.

  • Un premier cycle consacré à « je fais ce qu’il faut pour vivre – survivre », symbolisé par les cartes de 1 à 5 (Le Bateleur, La Papesse, L’impératrice, L’Empereur, Le Pape). La consécration de ce cycle est portée par l’Empereur : « je suis dans une situation matérielle stable, je maîtrise mon environnement« 
  • Un deuxième cycle consacré à « je fais ce qui est juste pour moi (et pour les autres) « , symbolisé par les lames de 6 à 9 (L’Amoureux, Le Chariot, La Justice, l’Hermite). La Justice consacre ce cycle : »je réalise ce qui est juste, ce qui me particularise« .

Passer au second cycle ne veut pas dire renoncer aux bénéfices du premier cycle. En effet, pour profiter au mieux de ‘je fais ce qui est le plus juste pour moi’, il est préférable de continuer à être dans une situation matérielle confortable.

Alors que ces deux premiers cycles sont de nature à satisfaire des besoins matériels (domaine du Faire), nous verrons dans un second article que l’évolution de 11 à 21 s’effectue en deux cycles de nature spirituelle (domaine de l’Etre).

Dernier article phare : le tarot nous raconte une histoire

L'un des derniers articles propose d'explorer le lien entre les dix premiers arcanes majeurs. Si l'on étudie le tarot sous un angle psychologique et en faisant référence aux modèles de développement psychologique, alors la cohérence entre les arcanes devient REMARQUABLE.

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